Pour calculer votre couverture perte de gain, déterminez d’abord votre masse salariale brute charges comprises, choisissez un délai d’attente aligné sur votre trésorerie (30 à 180 jours), puis fixez une durée d’indemnisation de 720 à 730 jours coordonnée avec la LPP et l’AI. Une révision annuelle est indispensable pour maintenir une protection sans lacune.
L’absence prolongée d’un collaborateur clé peut fragiliser durablement une PME ou un indépendant : salaires à maintenir, charges sociales à honorer, obligations contractuelles à respecter. L’assurance perte de gain entreprise est précisément conçue pour absorber ce choc financier, mais encore faut-il la dimensionner correctement.
Le calcul n’est pas anodin : il implique de coordonner plusieurs régimes — LAA, LPP, IJM, AI — avec des délais d’attente variables et des taux de couverture à arbitrer. Chez Bien-Assuré, nous accompagnons les PME et indépendants avec une méthode en 4 étapes pour ne rien laisser au hasard.
Pourquoi la couverture perte de gain est-elle essentielle pour votre entreprise ?
Contrairement à une idée reçue, l’assurance accidents LAA obligatoire ne couvre que les accidents — professionnels ou non — et certaines maladies professionnelles. Elle ne protège pas votre entreprise face à une absence pour maladie ordinaire, burnout ou affection de longue durée.
Or, en Suisse, le Code des obligations impose à l’employeur de verser le salaire pendant une durée variable selon l’ancienneté du collaborateur. Sans assurance perte de gain :
- La masse salariale reste due, même en l’absence de l’employé
- Les charges sociales patronales (AVS, AI, APG, AC) continuent de courir
- La trésorerie de l’entreprise se fragilise rapidement
- Les obligations contractuelles et conventionnelles doivent toujours être honorées
Pour les dirigeants de PME et les indépendants, la coordination avec la prévoyance professionnelle est également un enjeu central : une couverture mal calibrée génère soit des doublons coûteux, soit des lacunes dangereuses.

Étape 1 – Déterminer la masse salariale à assurer
La base de tout calcul, c’est la masse salariale assurable : l’ensemble des salaires bruts augmentés des charges sociales patronales. Une erreur fréquente consiste à ne retenir que le salaire de base, en oubliant des éléments contractuels importants.
Éléments à inclure :
- Salaires de base
- 13e mois (s’il est contractuel)
- Primes fixes prévues au contrat
- Charges patronales : AVS/AI/APG, AC, LPP, LAA
Éléments généralement exclus : bonus variables, indemnités occasionnelles, remboursements de frais.
Exemple concret : une PME avec 3 collaborateurs aux salaires bruts de CHF 80’000, CHF 95’000 et CHF 110’000 affiche une masse salariale de CHF 285’000. En ajoutant les charges patronales (environ 14-16 %), la base assurable dépasse CHF 325’000.
Chez Bien-Assuré, nous recommandons de réviser annuellement cette base — chaque embauche ou augmentation salariale doit déclencher une mise à jour de la couverture.
Étape 2 – Choisir le délai d’attente adapté à votre trésorerie
Qu’est-ce que le délai d’attente (délai de carence) ?
Le délai d’attente est la période qui s’écoule entre le début de l’incapacité de travail et le premier versement d’indemnités. En Suisse, les options courantes sont : 30, 60, 90, 180, 360 ou 720 jours.
La règle est simple : plus le délai est long, plus la prime est basse — mais plus votre entreprise doit être capable de supporter seule les salaires pendant cette période.
Comment arbitrer entre coût de la prime et risque financier ?
L’arbitrage dépend directement de votre trésorerie disponible :
- PME avec trésorerie solide ou ligne de crédit confirmée → délai de 90 à 180 jours, prime significativement réduite
- Start-up ou entreprise à marge serrée → délai de 30 à 60 jours, sécurité accrue dès le premier mois
À titre indicatif, passer d’un délai de 30 jours à 90 jours peut réduire la prime de 20 à 35 % selon le profil de risque. Mais cette économie peut se révéler coûteuse si un cas de longue durée survient sans réserves suffisantes.
Attention également aux obligations contractuelles : une CCT ou un contrat individuel peut imposer le maintien du salaire pendant 3 ou 6 mois selon l’ancienneté — le délai d’attente choisi doit s’y articuler logiquement.

Étape 3 – Définir la durée d’indemnisation et le taux de couverture
Durée d’indemnisation : 720 ou 730 jours ?
Le standard du marché suisse est une durée d’indemnisation de 720 à 730 jours, soit environ deux ans. Ce calibrage n’est pas anodin : il correspond au délai d’attente moyen de l’assurance-invalidité (AI), qui commence à instruire les dossiers après 6 à 12 mois mais verse les rentes généralement à l’issue d’un délai total d’environ 24 mois.
Vérifiez également la coordination avec les prestations du 2e pilier en cas d’incapacité de gain : la rente invalidité LPP prend normalement le relais à l’issue de la perte de gain, mais un mauvais alignement des délais crée des périodes non couvertes.
Taux de couverture : 80 % ou 100 % du salaire ?
Le standard est 80 % du salaire brut coordonné. Le salaire coordonné s’obtient en déduisant la déduction de coordination LPP (CHF 25’725 en 2024).
Exemple : pour un salaire de CHF 100’000, le salaire coordonné est d’environ CHF 74’275. L’indemnité à 80 % représente alors CHF 59’420 par an, soit CHF 4’950 par mois. Des options à 90 % ou 100 % existent mais renchérissent significativement la prime.
Étape 4 – Assurer la coordination avec les autres assurances sociales
La coordination avec les assurances sociales est la dimension la plus technique — et la plus souvent négligée. Voici le tableau de bord à maîtriser :
| Assurance | Risque couvert | Délai / durée |
| LAA | Accidents professionnels et non professionnels | Dès le 3e jour, sans limite fixe |
| Perte de gain maladie | Maladie, burnout, affections longue durée | Selon délai d’attente choisi, 720 j. |
| LPP / 2e pilier | Invalidité longue durée | Rente dès invalidité confirmée (~24 mois) |
| AI fédérale | Rente invalidité permanente | Après délai d’attente ~24 mois |
L’assurance perte de gain fonctionne selon un principe de subsidiarité : elle complète les autres régimes, sans les doubler. La couverture en cas d’incapacité de gain via le 2e pilier prend le relais à l’issue de la période d’indemnisation — d’où l’importance de bien coordonner les délais pour éviter tout trou de couverture.
Certaines branches — notamment à Genève et en Vaud — imposent également des indemnités journalières maladie (IJM) paritaires via les CCT : vérifiez les obligations applicables à votre secteur avant de dimensionner votre couverture privée.
Erreurs fréquentes à éviter lors du calcul de votre couverture
- Sous-estimer la masse salariale : oublier le 13e mois ou les charges patronales fausse l’ensemble du calcul
- Choisir un délai d’attente trop long par économie de prime, sans réserves suffisantes pour y faire face
- Ne pas réviser la couverture après une embauche, une augmentation ou un départ
- Ignorer les obligations CCT : certaines conventions imposent des niveaux minimaux d’IJM
- Omettre la coordination LPP : un écart entre la fin de la perte de gain et le début de la rente invalidité peut laisser l’employé — et l’entreprise — sans ressources
- Sous-estimer les maladies de longue durée : burnout, cancer, pathologies chroniques sont des risques réels pour lesquels la durée d’indemnisation est critique
Calculer sa couverture perte de gain revient à combiner quatre paramètres clés : masse salariale, délai d’attente, durée d’indemnisation et coordination des régimes. Une démarche rigoureuse, à réviser régulièrement, protège à la fois la continuité d’activité et la trésorerie de l’entreprise. Nous vous recommandons également de consulter les recommandations officielles en matière de gestion de la continuité d’activité pour compléter votre analyse.
Chez Bien-Assuré, nous réalisons un diagnostic personnalisé de votre couverture perte de gain, en tenant compte de votre secteur, de vos obligations conventionnelles et de votre situation de trésorerie. Besoin d’un accompagnement sur mesure ? Contactez nos experts — une révision régulière de votre couverture est le meilleur investissement pour la sérénité de votre entreprise.